Jean-Paul Gaultier 

Monique Boléat Michel Boléat
Gabrielle Quinet Robert Quinet 
Hélène Mézenge Bernard Maire

Robert, Gabrielle

Robert, Bernard, Hélène

Michel

GAULTIER JEAN-PAUL (1952-  )

En janvier 1997, vingt ans après sa création, la maison de prêt-à-porter Jean-Paul Gaultier faisait défiler ses modèles pour la première fois, dans le cadre des présentations de collections organisées par la Chambre syndicale de la haute couture parisienne. Celle-ci avait en effet décidé, après des années d’atermoiements, d’associer à ses manifestations quelques-uns des stylistes qui ont renouvelé le monde de la mode depuis la fin des années 1970 (l’autre «grand» invité étant Thierry Mugler). Jean-Paul Gaultier n’a pas attendu cette reconnaissance institutionnelle tardive, sinon pour produire des modèles de haute couture au sens strict du terme, du moins pour introduire dans ses défilés, et en s’en jouant, des références à la grande dame des apparences.

Né en 1952 à Arcueil, il fait ses armes dans deux maisons de haute couture, chez Pierre Cardin en 1970, puis en 1974-1975, et, entre temps, chez Jean Patou. Cette filiation mettra cependant du temps à trouver son chemin. En 1977, lorsqu’il présente sous sa griffe sa première collection de prêt-à-porter féminin, c’est un autre héritage que Jean-Paul Gaultier brandit et qui va le faire connaître: celui de l’Angleterre des Sex Pistols, héritage hérétique du no future  des jeunes Brits , de leurs épingles à nourrice transperçant la joue, de leurs kilts écossais, de leurs jeans déchirés, de leurs coiffures d’Iroquois et de leurs grossières Doc’ Marten, chaussures de proles  («prolos») dans lesquelles ils battent les trottoirs excentriques de King’s Road. Appuyé depuis 1978 par le groupe japonais Kashiyama, faute d’avoir trouvé en France un soutien industriel, Gaultier ne cessera d’enregistrer les ondes (durables) de ce séisme tribal. «Styliste post-punk», pour la presse d’outre-Manche, «enfant terrible de la mode française» pour celle du continent, il se livre à un mélange humoristique des genres, des styles et des époques, mixage récupérateur qu’il a lui-même rodé en s’habillant durant des années aux puces, comme nombre de jeunes «décalés» de sa génération. Dans les années 1980, époque qui s’affiche post-féministe et promeut le mot gay  pour accompagner l’irruption des homosexuels dans la sphère publique, Jean-Paul Gaultier manipulera les clichés propres à chaque sexe, pratiquant une sorte d’échangisme vestimentaire («Une garde-robe pour deux», en 1985), dont l’expression la plus manifeste, symboliquement en tout cas, sera la «jupe pour hommes» de sa collection masculine printemps-été 1985 «Et Dieu créa l’homme»: jupe trompe l’œil puisqu’il s’agit d’un pantalon à très larges jambes dont l’une se replie sur l’autre comme un pagne. Tout en développant de nouvelles lignes de produits («Junior Gaultier» en 1988, remplacée par l’unisexe «J.P.G.» en 1994, parfum pour femmes Jean-Paul Gaultier en 1993, pour hommes «Le Mâle» en 1995), Jean-Paul Gaultier travaille avec des artistes: la chanteuse Madonna, le groupe des Rita Mitsouko, la chorégraphe Régine Chopinot, l’accordéoniste Yvette Horner, les cinéastes Peter Greenaway (Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant ), Pedro Almodovar (Kika ) ou Caro et Jeunet (La Cité des enfants perdus ). En 1990, il publie chez Flammarion À nous deux la mode! , roman-photo autobiographique d’un gamin banlieusard fasciné par l’aura des Parisiennes de papier arborant leur élégante féminité dans les magazines que lisait sa grand-mère. Cette veine parisienne, c’est le furet de Jean-Paul Gaultier, passant par ici sous une forme gouailleuse (avec Arletty en référence) ou métèque («Barbès», titre de la collection automne-hiver 1984-1985), repassant par là sous sa forme chic (dans sa collection printemps-été 1995, la «main gantée qui tient l’autre gant», le «talon haut qui rend la jambe jolie», Marie-Claire , février 1995). C’est cette veine qui resurgira aussi en janvier 1997, dans la première collection de sa nouvelle ligne «Couture», baptisée précisément «Gaultier Paris».

 

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