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Monique Boléat | ![]() |
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GAULTIER JEAN-PAUL (1952- )
En janvier 1997, vingt ans après
sa création, la maison de prêt-à-porter Jean-Paul Gaultier faisait défiler
ses modèles pour la première fois, dans le cadre des présentations de
collections organisées par la Chambre syndicale de la haute couture parisienne.
Celle-ci avait en effet décidé, après des années d’atermoiements,
d’associer à ses manifestations quelques-uns des stylistes qui ont renouvelé
le monde de la mode depuis la fin des années 1970 (l’autre «grand» invité
étant Thierry Mugler). Jean-Paul Gaultier n’a pas attendu cette
reconnaissance institutionnelle tardive, sinon pour produire des modèles de
haute couture au sens strict du terme, du moins pour introduire dans ses défilés,
et en s’en jouant, des références à la grande dame des apparences.
Né en 1952 à Arcueil, il fait
ses armes dans deux maisons de haute couture, chez Pierre Cardin en 1970, puis
en 1974-1975, et, entre temps, chez Jean Patou. Cette filiation mettra cependant
du temps à trouver son chemin. En 1977, lorsqu’il présente sous sa griffe sa
première collection de prêt-à-porter féminin, c’est un autre héritage que
Jean-Paul Gaultier brandit et qui va le faire connaître: celui de l’Angleterre
des Sex Pistols, héritage hérétique du no future des jeunes Brits ,
de leurs épingles à nourrice transperçant la joue, de leurs kilts écossais,
de leurs jeans déchirés, de leurs coiffures d’Iroquois et de leurs grossières
Doc’ Marten, chaussures de proles («prolos») dans lesquelles ils
battent les trottoirs excentriques de King’s Road. Appuyé depuis 1978 par le
groupe japonais Kashiyama, faute d’avoir trouvé en France un soutien
industriel, Gaultier ne cessera d’enregistrer les ondes (durables) de ce séisme
tribal. «Styliste post-punk», pour la presse d’outre-Manche, «enfant
terrible de la mode française» pour celle du continent, il se livre à un mélange
humoristique des genres, des styles et des époques, mixage récupérateur
qu’il a lui-même rodé en s’habillant durant des années aux puces, comme
nombre de jeunes «décalés» de sa génération. Dans les années 1980, époque
qui s’affiche post-féministe et promeut le mot gay pour accompagner
l’irruption des homosexuels dans la sphère publique, Jean-Paul Gaultier
manipulera les clichés propres à chaque sexe, pratiquant une sorte d’échangisme
vestimentaire («Une garde-robe pour deux», en 1985), dont l’expression la
plus manifeste, symboliquement en tout cas, sera la «jupe pour hommes» de sa
collection masculine printemps-été 1985 «Et Dieu créa l’homme»: jupe
trompe l’œil puisqu’il s’agit d’un pantalon à très larges jambes dont
l’une se replie sur l’autre comme un pagne. Tout en développant de
nouvelles lignes de produits («Junior Gaultier» en 1988, remplacée par
l’unisexe «J.P.G.» en 1994, parfum pour femmes Jean-Paul Gaultier en
1993, pour hommes «Le Mâle» en 1995), Jean-Paul Gaultier travaille avec des
artistes: la chanteuse Madonna, le groupe des Rita Mitsouko, la chorégraphe Régine
Chopinot, l’accordéoniste Yvette Horner, les cinéastes Peter Greenaway (Le
Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant ), Pedro Almodovar (Kika )
ou Caro et Jeunet (La Cité des enfants perdus ). En 1990, il publie chez
Flammarion À nous deux la mode! , roman-photo autobiographique d’un
gamin banlieusard fasciné par l’aura des Parisiennes de papier arborant leur
élégante féminité dans les magazines que lisait sa grand-mère. Cette veine
parisienne, c’est le furet de Jean-Paul Gaultier, passant par ici sous une
forme gouailleuse (avec Arletty en référence) ou métèque («Barbès», titre
de la collection automne-hiver 1984-1985), repassant par là sous sa forme chic
(dans sa collection printemps-été 1995, la «main gantée qui tient l’autre
gant», le «talon haut qui rend la jambe jolie», Marie-Claire , février
1995). C’est cette veine qui resurgira aussi en janvier 1997, dans la première
collection de sa nouvelle ligne «Couture», baptisée précisément «Gaultier
Paris».
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